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Mon langage francais perd de sa précision, je pense.
Graduellement, tout devient flou, je dévie lusage de ma langue pour mes
éleves. Je me contrains a parler différemment de ce dont jai lhabitude. Je
fais des efforts pour controler ce que je pense pour dire de maniere moins
naturelle, mais plus recevable, ce quil faut que loreille de mes petits
monstres. Dans mes classes les plus turbulentes, il mest impossible de
comprendre quoique ce soit tant ils parlent en meme temps.
Mais commencons par le début.
La gare de Manchester Picadilly a donc été mon premier réel
contact avec le monde anglais. Laéroport ne compte pas ; cest une série de
barrieres qui saffale devant les passesports, les papiers et la bonne foi. Me
concentrer sur une voix ou deux me paraissait difficile a cause du bruit
ambiant, mais faisable. Je rencontre toujours des gens dans les trains, et je
nai pas échappé a cette regle dor, que ce soit en allant de laéroport a
Picadilly ou de Picadilly a Hull.
Et des quon sait que je suis francais cest la cohue. Ana (vous allez bientot
savoir qui cest) ma expliqué que la plupart des habitants dici nont jamais
quitté ne serait-ce que la région...
Sautons quelques lignes et quelques instants cocasses ou
jai du dédouaner un couple de jeunes aupres de leurs parents via le téléphone
de ces memes jeunes, le vol organisé par le controleur du train de £33 pour
quiconque navait pas son billet, etc.
Jarrive a Hull
et je suis accueilli par Claudia et la déja fameuse Ana, ex-assistante et maintenant
professeur despagnol dans les Midlands. Je dépose mes
affaires dans ma chambre apres une rapide présentation de P. et de mes
colocataires, et je vais diner chez Claudia avec Ana. La, je rencontre deux
profs de Kelvin Hall, un des colleges ou je travaille. Je discute tant que je peux, mais a la fin de
la soirée se profile un drame. Fatigue, brouhaha ambiant et verres de vin se
liguent contre moi... Pendant dix minutes, jétais completement fermé a la
langue, je ne comprenais plus un seul mot de ce que lon me disait a moins dy
preter un douloureux effort, que jexercai autant que possible. Heureusement,
le diner ne séternisa pas trop apres cela, et je pris bientot la direction de
mon foyer, deux cent metres plus loin. Le lendemain matin, jétais sauvé.
Ce phénomene marrive souvent dans les endroits bondés.
Notemment, quand nous sommes allés a la fete foraine de Hull,
la plus grande dAngleterre. Nous désigne quelques assistants de toutes
nationalités, que jai rencontrés pendant notre formation. Vous avais-je dit
que je naimais pas lidée dune chronologie trop stricte? Si non, cest chose
faite. La foule anglophone a un bruit différent de la foule francaise, et cest
tres étrange de ne pas reconnaitre le bruissement dune foule que lon peut
penser homogene et universelle. Cest la meme chose avec les enfants. Ce sont
les petits moments ou on sen rend compte qui nous dépaysent, et qui jettent de
petites pelletés de terre sur nos racines
fraichement dépotées. Cette foire démesurée a pris mon cerveau de court :
stiumuli lumineux partout, des voix a déchiffre de toutes parts, musiques trop
rythmées en contradiction les unes avec les autres, tout se conjugait pour me
donner mal a la tete. Eh bien non, je me suis pris au jeu comme un enfant, jai
hurlé (en anglais), et vécu (en anglais).
Il marrive déja de rever en anglais, particulierement apres
un film. Lire ou écrire francais rompt le charme et il mest arrivé, un matin,
de parler deux minutes a un de mes colocataires tout en francais sans me rendre
compte quil ne comprenait pas un traitre mot de mon charabia.
La cacophonie de ce chapitre (celle
des évenements et celle de mon
langage sans accents) sacheve par une panne a laquelle je ne mattendais pas.
Mon ordinateur me lache vilement. Je nai donc plus qua me rabattre sur le
matériel de mes colocataires, tous anglophones, donc un clavier a laccent
minimal. Cest fou comme cette bestiole maidait a morganiser, a trouver ce
que je voulais, quand je voulais.
Peu a peu les cacophonies se calment, mon francais se
limite. Que serai-je a la fin de lannée?
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23:24 - 21/10/2007 - Commentaires (2) -
The house of Britney - La maison de Britney
Avant
de commencer à travailler, il me faut accomplir quelques
formalités administratives. C., que j'appellerai dorénavant
Claudia, m'a indiqué où aller : je commence mon petit
périple dans la ville... et, au bout d'un moment, je tente de
demander mon chemin pour confirmer mon itinéraire à un
papy du coin. Je lui demande : « Où est la House of
Brittany? » et il me répond « You're
sure you wanna know where the house of Britney is? » [en
français : tu es sûr de vouloir savoir ou est la maison
de Britney?] « Non, non, pas l'autre Spears, c'est près
du Centre des Impôts... » « Ah, the
Britannia house ! » (Brittany c'est Bretagne, Britannia,
c'est Grande Bretagne...)
Arrivé
à cet ANPE/CAF locale, je m'adresse au type de l'accueil, qui
est visiblement très étonné qu'on m'ait envoyé
ici... Je lui explique que c'est pour le NHS (service santé)
et il me dit « ah, bah, faudra appeller ce numéro,
là... » en me donnant un bout de papier... Chou
blanc, et je n'avais pas envie d'aller voir les impôts étant
donné que je ne disposais pas encore de mon contrat.
J'ai
un mal fou à comprendre les jeunes, alors que les vieux, bien
qu'ils aient un accent à couper au couteau, sont pour moi des
sources d'expressions locales inestimables. J'adore la manière
de prononcer du coin, ils disent tous (jeunes comme vieux) « up »
avec le u de « pub »... pour les
non-linguistes, ça veut dire qu'ils disent presque « poub »
et « oup ».
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12:38 - 9/10/2007 - Commentaires (1) -
Weep-end
Bon,
eh bien , je n'avais jamais écrit les choses sur le fait,
j'avais toujours écrit ce que j'avais pensé, vécu
et dit en différé, mais voilà : je suis dans le
train qui me mène de Manchester à Hull. J'ai eu
beaucoup de mal à partir ; je n'ai pas bien dormi les trois
dernières nuits (et hier soir, à peine deux heures) et
hier fut une journée éprouvante. J'eus à peine
le temps de finir de tout empaqueter que nous étions partis
pour Lyon. « Nous » inclut ma chère
maman et moi-même. Nous arrivâmes vers une heure et
demie. En douze heures, je ne vis pas moins d'une vingtaine de
connaissances. Mais les pires moments échurent en plein dans
l'intimité familiale. J'avais de la peine à l'idée
de quitter mon foyer. Le premières larmes coulèrent là
où j'ai grandi, puis furent renouvelées à Lyon à
l'approche de l'université : c'était mon quartier, et
je me rappelais tout ce que j'y avais vécu, et me rendais en
même temps compte de l'intensité de l'amour que
j'éprouvais pour mes amis, pour ma vie, pour les choses d'ici.
Je ne devrais pas dire « ici », j'ai changé
de référent, « ici » devrait être
l'Angleterre à présent. Je ne pouvais pas m'empêcher
d'être triste, d'avoir peur de perdre ce que j'aimais tant. Ma
mère m'a suggéré à très juste
titre que ce sentiment incontrôlable d'insécurité
est dû à mon histoire, que j'ai peur de tout perdre
comme j'ai perdu mon père (sans un adieu).
Bizarrement,
j'avais la certitude que ce serait la seule fois de mon départ
ou je pleurerais - et je n'avais presque pas tort, je n'eus qu'un
petit peu les larmes aux yeux avant de monter dans l'avion qui me
mena de Roissy à Manchester.
Arrivé
à ma destination, je cherchai à retirer de l'argent, ce
qui me fut impossible. (Panique à bord !) Je n'avais pas un
penny, et mon déjeuner à Roissy m'avait vidé de
mes euros. Je me retrouvais à poil en Angleterre, et pas dans
la bonne ville. Je vous laisse imaginer ce que j'ai pu faire pour
m'en sortir... je n'ai pas fait de stop, j'ai juste appelé ma
mère pour partager ma panique et puis j'ai été
acheter un billet de train avec cette même carte qui m'avait
fait défaut quelques minutes auparavant. Eh si, elle passait !
J'ai pris le train jusqu'à la gare principale de Manchester,
Manchester Piccadilly. Là, j'ai trouvé un distributeur
qui fonctionnait avec ma carte. Et en attendant ma correspondance, je
n'ai pas lu (fait étrange), j'ai juste regardé les gens
autour de moi. Ma première vraie impression de l'Angleterre
était : je suis français. (Longue vie aux stéréotypes
!)
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12:34 - 9/10/2007 - Commentaires (0) -
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