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Bon,
eh bien , je n'avais jamais écrit les choses sur le fait,
j'avais toujours écrit ce que j'avais pensé, vécu
et dit en différé, mais voilà : je suis dans le
train qui me mène de Manchester à Hull. J'ai eu
beaucoup de mal à partir ; je n'ai pas bien dormi les trois
dernières nuits (et hier soir, à peine deux heures) et
hier fut une journée éprouvante. J'eus à peine
le temps de finir de tout empaqueter que nous étions partis
pour Lyon. « Nous » inclut ma chère
maman et moi-même. Nous arrivâmes vers une heure et
demie. En douze heures, je ne vis pas moins d'une vingtaine de
connaissances. Mais les pires moments échurent en plein dans
l'intimité familiale. J'avais de la peine à l'idée
de quitter mon foyer. Le premières larmes coulèrent là
où j'ai grandi, puis furent renouvelées à Lyon à
l'approche de l'université : c'était mon quartier, et
je me rappelais tout ce que j'y avais vécu, et me rendais en
même temps compte de l'intensité de l'amour que
j'éprouvais pour mes amis, pour ma vie, pour les choses d'ici.
Je ne devrais pas dire « ici », j'ai changé
de référent, « ici » devrait être
l'Angleterre à présent. Je ne pouvais pas m'empêcher
d'être triste, d'avoir peur de perdre ce que j'aimais tant. Ma
mère m'a suggéré à très juste
titre que ce sentiment incontrôlable d'insécurité
est dû à mon histoire, que j'ai peur de tout perdre
comme j'ai perdu mon père (sans un adieu).
Bizarrement,
j'avais la certitude que ce serait la seule fois de mon départ
ou je pleurerais - et je n'avais presque pas tort, je n'eus qu'un
petit peu les larmes aux yeux avant de monter dans l'avion qui me
mena de Roissy à Manchester.
Arrivé
à ma destination, je cherchai à retirer de l'argent, ce
qui me fut impossible. (Panique à bord !) Je n'avais pas un
penny, et mon déjeuner à Roissy m'avait vidé de
mes euros. Je me retrouvais à poil en Angleterre, et pas dans
la bonne ville. Je vous laisse imaginer ce que j'ai pu faire pour
m'en sortir... je n'ai pas fait de stop, j'ai juste appelé ma
mère pour partager ma panique et puis j'ai été
acheter un billet de train avec cette même carte qui m'avait
fait défaut quelques minutes auparavant. Eh si, elle passait !
J'ai pris le train jusqu'à la gare principale de Manchester,
Manchester Piccadilly. Là, j'ai trouvé un distributeur
qui fonctionnait avec ma carte. Et en attendant ma correspondance, je
n'ai pas lu (fait étrange), j'ai juste regardé les gens
autour de moi. Ma première vraie impression de l'Angleterre
était : je suis français. (Longue vie aux stéréotypes
!)
Savannah.. |
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