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Bungee jumping : Saut à l’élastique

Bungee jumping : Saut à l’élastique

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Cay est, je pars.


J’enrêve depuis un bout de temps. Ca fait aussi un bout de tempsque je me dis que mon rêve est bien loin. Je commençaisà me préparer à une autre annéeuniversitaire, chargée de concours, qui plus est. Eh bien non,l’Angleterre est venue à moi juste à temps. J’allaislâcher prise sur ce rêve et le remettre à plustard. Oh, qu’on se rassure, j’aurais trouvé une autrefaçon de parler anglais avec des natifs. J’aurais pu êtreréduit à parler à des missionnaires anglicansque j’ai rencontrés dans la rue. Au final, ce qui m’embêtele plus dans cette histoire, c’est encore une fois le travail. Jedéteste ne pas tenir mes promesses, et là, c’est unpeu le choix entre une petite routine confortable – au hasard, letoboggan - et le saut à l’élastique. Même si jepouvais avoir un CDI qui m’aurait permis de financer mon année d’études sans peser sur l’économie de ma mère,je préfère sauter les pieds dans le plat, dans l’inconnu et peut-être sentir l’élastique à un moment de ma chute. Et tomber, avec tout ce que ça comporte de plaisir, d’adrénaline, de peur, de vent sur le visage. Et puis, ceci dit, être rémunéré au minimum syndical, ce n’est pas la panacée. Cela dit, je trouvais cetravail presque agréable aux moments calmes : on pouvait discuter littérature avec tout le monde et n’importe qui. Eton se sentait en terrain égal ; les hôtes decaisses dans la librairie D, comme dirait ma cheffe, c’est pas à prendre à la légère, ils ont au moins tous bac plus deux, parce qu’il faut bien changer l’image de « la caissière conne ». Bah oui, caissier, c’est pas un métier noble. Pas de savoir faire particulier à avoir, ni de savoir (tout court) non plus. Même pas besoin de jugeote. Mais si on a des caissiers intelligents, ils peuvent montrer que la société D c’est pas de la camelote. Super logique. Super hypocrite pour nous, aussi, on sert de faire-valoir à une société…Tant pis. (Il n'y a pas de sot métier, il n'y a que de sottes gens.)

D’ailleurs,tout s’est passé un soir. Je rentrais du travail et m’étais affalé devant Freaks, histoire de combler quelques abîmes culturels insondables et impardonnables (comme Madame Bovary que je n’ai pas lu, et à moindre échelle, Titanic auquel j’ai échappé – ça vous fait envie, hein ? Bah sachez que j’ai le Flaubert dans un coin, mais que je necourrai jamais à la rescousse du bateau de Cameron.). Et là,mon téléphone sonne. Je mets quelques temps à décrocher, une fois n’est pas coutume, parce qu’il fallait couper Freaks et que je ne trouvais plus cette satanée petite boîte dans mes poches. C’était une dame, C.,professeur d’allemand dans le lycée et le collège où je vais enseigner. Vite, elle me demande si on peut effectuer unepirouette linguistique, ce qui ne me dérange pas le moins dumonde. Je ne sais pas si j’ai eu un gros choc en apprenant la nouvelle, je crois plutôt que j’étais hébété ;je n’arrivais pas à me rendre compte de ce que ça voulait dire. Je me suis rendu compte que j’étais dans unétat un peu second quand je me suis entendu parler dans unanglais que tous les Français auraient compris, un peu commecelui de Yasser Arafat, reconnu mondialement pour sa clartéuniverselle (attention, ironie). Et C. me demande quel effet me faitla nouvelle. Très honnêtement, lui dis-je, je ne m’yattendais pas. Oh, pourquoi es-tu aussi négatif ? medemande-t-elle en retour. Comment lui expliquer que j’ai déposéma candidature en novembre, qu’elle fut acceptée midécembre, et que je n’eus aucune nouvelle de décembreà mai, où on me communiqua gentiment que j’étaissur liste d’attente. Ah bah ouais mais bon… Nous sommes débutjuillet. 7 mois de latence, ce n’était pas trop tôt !Ah, je précise, tous les Anglais me tutoient et je tutoie tousles Anglais, c’est bien plus amusant de s’imaginer tutoyer laReine que de vouvoyer Sarkozy. Et d’ailleurs bis, j’aime bienl’ironie et j’en abuse un peu – on pourrait même dire queje suis ironiolique – alors ne prenez pas tout ce que je dis aupied de la lettre. Elle m’aiguille donc sur un propriétaire,P.G., que je devrais contacter sous peu : il aurait une chambrepas chère selon les critères du pays, et bien située,près de deux de mes établissements. Il paraît queP.G. a un horrible accent écossais. Comme tout le monde ici,me précise C en riant doucement. Tout se passe bien, en fait,elle est sympathique, et je suis plutôt à l’aise. Leseul détail matériel c’est l’absence de possessiond’un permis de conduire de ma part. Eh non, j’ai pas ça,mais vu que Kingston et les environs c’est tout plat, C. pense queje pourrais facilement le faire en vélo. Y’a des bus aussi.Problème réglé : si je peux le faire envélo, je peux le faire, point barre. Je raccroche et appellemon ancien colocataire, qui vient de me laisser un message. Bon,répondeur. C’est là où je me suis vraimentrendu compte de ce qui m’arrivait. J’ai laissé libre coursà un torrent d’immondices plus ou moins anales danslesquelles nageaient des bordels et les catins qui allaient avec, letout culminant dans l’expression « ****** de bordel de***** ». Je sautais tout seul, comme si on m’avait missur ressorts et fait danser après m’avoir bourré decaféine et de vitamines. Puis, après une petite séancede défoulements désarticulés, j’appelle mamaman à la manière pingouin ; ça veut direque le début du dialogue s’est déroulé ainsi.

Mamanpingouin : Allô ?

Mathieupingouin : Oui, maman. C’est moi.

Vousne vous êtes jamais demandé qui est moi ? Bah moinon plus, c’est moi, quoi de plus simple ? En d’autrestermes, ce n’est pas la manière de dire « moi »qui va permettre à votre maman de vous identifier, c’estjuste parce que personne d’autre ne dirait « c’estmoi » de manière aussi évidente. Et puisparce qu’il y a le son de votre voix aussi. Je lui ai donc apprisla nouvelle. Elle était contente, mais très émue,sans doute au bord des larmes. Moi aussi, d’ailleurs, et çam’a étonné de ne pas pleurer. D’habitude, je nejoue pas les durs. Mais j’étais trop heureux pour ça.

Jepars. Rien que ça. Je me dis que j’ai des adieux àfaire. J’ai peur de ne pas pouvoir dire au revoir à tout lemonde, j’ai peur d’oublier des gens. Alors je commence ça.Parce que je vais passer neuf mois ailleurs. Pourtant, neuf mois, cen’est pas si immense, si ? Je ne crois pas, mais c’estailleurs. C’est aussi ça qui fait peur. Et qui ravit en mêmetemps. Je saute, demain j’appelle P.G.

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16:54 - 27/9/2007 - Poster un commentaire


1ère page !!!!!!

Je suis émue en ouvrant ce blog  !! J'ai l'impression d'entrer chez toi  quand il y a plein de monde que je ne connais pas .:-)

Ravie , une grande aventure qui commence !

Emma.mj - 08:32 - 7/2/2008


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Un voyage d'un an en Angleterre.

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